Les racines du « mal »
Le mythe du vampire est quasiment universel, chaque pays, chaque époque ou presque, a eu son vampire sous une forme ou une autre. Le vampire est apparu en force dans l'imaginaire populaire à partir de la Renaissance en Europe de l'Est, en Autriche et en Allemagne. Même s'il fascine toujours, le vampire a connu son heure de gloire au XVIIIe siècle
Bien que des « exemples » de vampirismes soient documentés dès les balbutiements de l'humanité, le terme de vampire a fait sa première apparition officielle dans les années 1725-1726, en Hongrie, dans un rapport fait par les autorités autrichiennes à propos d'un paysan nommé Peter Plogojowictz, accusé d'avoir réapparu après sa mort et d'avoir causé le décès de huit personnes dans son village natal de Kizilova. En France, c'est en 1732, à la suite d'une affaire similaire — le cas d'Arnold Paole accusé des mêmes maux — que le terme de vampire (orthographié jusqu'ici : « vampyre ») apparaît officiellement dans un article de la revue franco-hollandaise.
Ces deux affaires de vampirisme devaient donner naissance à une longue liste de non-morts attestés par l'Église, et ce dans toute l'Europe, jusqu'au XVIIIe siècle qui, malgré son appellation de Siècle des lumières, vit une recrudescence étonnante de l'obscurantisme le plus exacerbé à propos des cas de vampirisme. C'est notamment dans les pays de l'Est, et particulièrement en Hongrie et en Roumanie, que les cas de vampirisme furent les plus fréquents.
À cause irrationnelle, remède irrationnel, et les moyens pour se prémunir de la morsure du vampire étaient tout aussi rudimentaires que les causes du danger étaient, croyait-on, extraordinaires. Ainsi pour se protéger entourait-on portes et fenêtres de fleurs d'ail (comme dans l'Antiquité) ou, de façon plus expéditive, déterrait-on le cadavre d'un soupçonné vampire pour lui couper la tête et lui enfoncer un pieu dans le c½ur. Ces expéditions punitives sur les morts furent si fréquentes et si développées au cours du siècle que les autorités des différents pays concernés furent amenées à prendre de sévères mesures interdisant le recours à ces pratiques.
En 1755, Marie-Thérèse d'Autriche dépêcha un collège d'experts physiciens pour étudier le phénomène de façon rationnelle et scientifique. Le pape Benoît XIV se déclara lui aussi choqué par ces profanations répétées et interdit toute cérémonie d'exorcisme visant à exhumer un cadavre dans un cimetière, déclarant qu'un corps conservé dans la terre ne relevait ni de Dieu, ni du diable, mais qu'il constituait un simple fait biologique. Voltaire écrivit même un texte (Il n'y en a plus) en réaction contre les manifestations de crédulité qui émanaient de personnalités de tous horizons, en particulier l'abbé don Calmet, qui s'était rendu célèbre par son Traité sur les vampires de la Hongrie et de ses environs.